Regards croisés sur l’évolution urbaine, aux Rencontres La Foncière à Genève

Dans un événement marqué par le plaisir de se retrouver ensemble, quelques 200 invités de La Foncière se sont réunis le 5 octobre dernier à l’hôtel Mandarin Oriental à Genève sous le thème de « Regards croisés sur l’évolution urbaine ». 

Pourquoi « Regards croisés » ? Les Rencontres La Foncière ont pour vocation de faire dialoguer, sans préjugés ni langue de bois, des experts reconnus avec un public averti sur une thématique au cœur de l’actualité. Ainsi ces Rencontres 2021 ont permis de réunir une économiste, Valérie Lemaigre, Cheffe Investment Office et économiste en chef de la BCGe, un historien, Gérard Duc, à la base de l’ouvrage « Lyon 77 : la tour emblématique d’un quartier en mutation » et un architecte urbaniste, Igor Andersen, dont l’expertise est concentrée sur la transformation de la ville.

 

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Les intervenants aux Rencontres La Foncière 2021

 

 

« Le bâtiment va là où va l’économie » 

 

Comme chaque année, Madame Valérie Lemaigre, dresse un portrait de l’économie mondiale et suisse avec un focus sur l’immobilier. Avec en introduction à ce portrait, un scénario de reprise soutenue par des fondamentaux solides, plutôt qu’un rattrapage de crise. Cette reprise de la croissance s’appuie sur une politique monétaire favorisant des taux d’intérêts bas, des exportations mondiales tirées vers le haut par l’économie chinoise et un fort rebond dans le secteur manufacturier (Notamment les semi-conducteurs et l’automobile électrique qui représente presque 30% de la demande). Ainsi un cercle vertueux se met en place dans lequel les investissements en R&D, notamment en Suisse, avec leurs effets positifs sur la productivité et rentabilité des entreprises, représentent 50% du total des investissements.

Quant au bâtiment, Valérie Lemaigre remarque que si la consommation des ménages n’est pas revenue aux niveaux pré-crise sanitaire, l’épargne a, quant à elle, augmenté pour se porter sur des investissements durables (particulièrement l’amélioration du cadre de vie privée, en voir pour preuve la croissance du secteur brico-loisirs) et sur des investissements en valeurs mobilières et dans l’immobilier. Pour ce dernier, il est constaté plutôt un rééquilibrage de la demande vers les maisons individuelles et les PPE de grande taille d’une part et de l’autre vers l’industrie et la logistique, cela au détriment des arcades commerciales, bureaux et hôtels. En conclusion de son intervention, Valérie Lemaigre note que si des risques existent (inflation, instabilité financière, 5ème vague de la pandémie), ces risques ne sont pas à même de déclencher une crise systémique : prix élevé ne signifie pas bulle !

 

Prenez connaissance de l’intervention de Madame Lemaigre 

 

« Lyon 77 : la tour emblématique d’un quartier en mutation »

 

Gérard Duc, historien de la ville, des transports et de la mobilité, s’est penché sur l’évolution du quartier des Charmilles à Genève à l’occasion de la déconstruction-reconstruction de la Tour Lyon 77. Ses travaux ont fait l’objet d’une publication « Lyon 77 : la tour emblématique d’un quartier en mutation ».

Les Charmilles, ancien quartier de pâturage, ont longtemps constitué un espace frontière entre Genève et la France. Au début du 20ème siècle, le quartier participe au développement industriel du canton. Le célèbre constructeur automobile Pic-Pic, les usines Hispano-Suiza et Tavaro s’y installent aux côtés des Ateliers des Charmilles. Ce quartier, considéré jusqu’alors comme périphérique à la ville de Genève, s’urbanise progressivement à partir des années 70-80. D’abord des immeubles de logement, surfaces artisanales, centre commercial et ensuite la Haute école d’art et de design –Genève (HEAD). Entre les urbanisations de Genève puis de Vernier/Châtelaine qui dorénavant se rejoignent, ce quartier n’est plus un quartier de transition. Il est devenu un espace urbain lisible et structuré.

 

 

"Densités et qualités urbaines dans le contexte de l’urgence climatique"

 

Igor Andersen, architecte urbaniste, réfléchit à la transformation de la ville rendue nécessaire par les mutations climatiques. Il y voit une source d’opportunités importantes pour transformer la ville sur elle-même, pour autant que les publics concernés partagent une série de convictions communes.

1) Sur la compréhension du sujet tout d’abord. Quelques constats : L’objectif 2050 de neutralité carbonne exige le passage d’une consommation actuelle de 10t de co2/habitant à 1t de co2/habitant en 2050. Idem pour les transports qui devront réduire les fameux TIM (transport individuel motorisé) de -80% en 2050.  

2) Dans le travail sur la ville elle-même, moteur d’une nouvelle qualité urbaine. Ici les thèmes sont nombreux : densification des espaces verts pour favoriser la baisse des températures ambiantes, réflexion sur les espaces de vie en commun à l’échelle du piéton, remise en cause des infrastructures lourdes et obsolètes, rénovation durable des parcs immobiliers, obsolescence programmée du stationnement, etc.

3) La capacité transformative d’un travail mené en mode collaboratif avec tous les acteurs concernés. Et là, Igor Andersen voit la Suisse parée de nombreux atouts, avec sa décentralisation qui favorise les décisions prises au niveau de ceux qui en vivent les conséquences au quotidien, ou encore sa démocratie participative fondée sur la construction de consensus.

 

 

Igor Andersen considère cette transformation urbaine comme une nécessité qui implique des changements de mode de vie qu’heureusement nous voyons déjà émerger. Tout d’abord, la mobilité qui évolue rapidement, fortement soutenue par la technologie et l’émergence des moteurs électriques. Ou sur le sujet clé de l’alimentation qui impose le passage d’une alimentation fortement carnée à une plus végétarienne, source de bénéfices dans l’aménagement du territoire et de l’utilisation des espaces agricoles. Et finalement, la transformation des bâtiments existants dont la nécessité ne fait pas débat, et qui n’est plus tant une question technique que juridique et financière. Le débat se pose en ces termes : comment construire un cadre dans lequel les financiers de ces rénovations souvent substantielles soient justement rémunérés des risques qu’ils prennent pour en assurer la durabilité.

 

Découvrez l'ambiance lors des Rencontres 2021 La Foncière à Genève. Nous vous donnons rendez-vous à l'année prochaine pour les Rencontres 2022!